• La Faim



    J'ai faim.
    C'est une douleur obsédante. Je sens mon esprit qui risque de lâcher sous les coups de boutoir de cette douleur, vers la folie.
    Dans la rue, c'est la loi du plus fort, et je n'en fait pas partie. Je dois me contenter des quelques restes oubliés par mes congénères, et encore faut-il souvent se battre pour ces quelques miettes, à peine à même de repousser la faim de quelques heures. Pas d'avenir que le prochain repas, et c'est un avenir incertain.
    J'ai parcouru le territoire de long en large, évitant les lieux où la présence des plus forts d'entre nous est
    manifeste. De toute façon, il n'y a certainement plus rien à manger dans ces zones là, et beaucoup de coups à recevoir.
    Peut-être certains se sont-ils avilis, mais ils sont en bonne santé, n'ont pas à se battre pour manger, et il n'est parfois pas si simple de savoir qui est le maître et qui est l'esclave.
    Ce soir je tente ma chance. Repérer un des grands êtres, le suivre. Le mettre devant le fait accompli en franchissant d'un bond le pas de sa porte quand elle s'ouvrira. Lui montrer que je suis son ami, que je l'accepte comme le mien.
    Ca y est, l'occasion s'est présentée.
    Ils sont deux. Ils n'ont pas eu le temps de choisir de me laisser entrer ou non. Je suis devant chez eux, je leur montre toutes les marques de soumission que je connais. Mon estomac crie de pousser l'avantage plus loin. Mon orgueil lui, se révolte un peu.
    L'un d'eux se tourne vers moi. Il semble doux et bien intentionné à mon égard ; L'aurais-je déjà apprivoisé ? Le second ouvre une autre porte. Je vais bondir. Mais le premier m'en empêche. Mince, je ne vais pas rester coincé si prêt du but : la chaleur, la nourriture, la sécurité. Je ne sais que faire, alors je continue à me laisser apprivoiser par le deuxième grand être. On ne sait jamais, la porte va peut-être se rouvrir.
    Ca y est elle se rouvre, mais se referme trop vite et le second être m'a encore empêché d'entrer. Mais je n'en
    ai plus cure : une odeur m'envahit, fait vibrer chacune des fibres de mon corps épuisé de faim. Une odeur de viande.
    Plus rien d'autre ne compte. Le grand être que j'ai apprivoisé me montre le chemin à suivre pour atteindre la
    nourriture. Je le suis. Le sol est dur et froid, mais je ne pense qu'à la viande. Enfin elle est là devant moi, et je me jette dessus avec toute l'impatience de ces jours sans pitance.
    Quand j'ai terminé, trop vite, l'être est parti. Je suis de nouveau seul, dehors. Il m'a entraîné dehors et a refermé la porte pendant que je subissais la dictature de mon ventre. Mon estomac a empêché mon cerveau de se rendre compte de la manœuvre.
    Mais bon, j'ai pris un repas. Ma tactique doit être bonne. Je recommencerai demain. Avec un grand être moins malin, j'espère.
    Je suis un chat des rues.<o:p />


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :