• OGM, Dieu et Compagnies…

    Dans un article paru aujourd’hui (5 avril) dans le Monde, signé Gaëlle Dupont et Rafaële Rivais, nous sommes informés des tractations en cours entre l’Europe et les régions des pays membres dont l’objectif est de faire admettre les cultures d’OGM là où les résistances les empêchent de se développer.

    Je ne polémiquerai pas sur les qualités, défauts, risques et promesses des OGM, c’est un débat complexe pour lequel je ne suis pas, scientifiquement parlant, compétent.

    Non, la raison pour laquelle cet article attire ce commentaire se trouve à la fin, dans la citation prêtée à un Monsieur Michael Mann, porte parole de la commissaire européenne chargée de l’agriculture.

    Je vous redonne la fin :

    « S’ils le souhaitent, certains agriculteurs peuvent s’entendre pour ne pas cultiver ces plantes, mais aucune zone sans OGM ne peut être décrétée par la loi. Nous vivons dans un marché unique, c’est ce marché qui décide. »

    On sait que la commission européenne est largement néo libérale. Ce discours n’est pas une surprise. Mais il illustre bien à mon sens la mauvaise foi et l’incohérence de ce type de discours.

    L’argument du marché est atterrant. Il y a deux choses que les hommes se devraient donc de subir sans broncher : la force de gravité et la loi du marché. Impossible d’y faire quoi que ce soit. C’est comme ça ma bonne dame…

    Par contre la loi qui fait que les plantes et les êtres vivants adoptent leur patrimoine génétique et le modifient selon les besoins de survie de leur milieu, qui rythment les mutations, les évolutions, la vie et la mort même des espèces mêmes, cette loi, elle, est transgressable, grâce au génie humain, à son prométhéisme inhérent, qui lui fait refuser les lois d’un monde dans lequel il serait, s’il n’avait pas pris les choses en main, fragile et menacé. On croit rêver.

    Prométhée a-t-il volé le feu aux dieux parce qu’il y avait une demande sur le marché ? A les écouter, on pourrait se poser la question.

    Les lois naturelles ont créé des centaines d’espèces rien que dans la grande famille des céréales. Elles ont pourvu chaque partie du monde ou presque d’aliments potentiels dont les hommes peuvent bénéficier pour leur survie.

    Les lois du marché ont réduit le nombre de céréales cultivées à 6 ou 8 espèces, mettant le monde en danger si une seule de ces espèces est victime d’une épidémie. Les lois du marché ont condamné des millions de paysans à cultiver des plantes d’exportation en lieu et place de leur culture de survie, les condamnant à la pauvreté et la famine dès que les cours fluctuent, à la baisse (perte de revenus) comme à la hausse (augmentation des prix des produits agricoles qu’ils doivent désormais achetés). Les lois du marché ont créé les cultures industrielles du pavot et de la coca. Les lois du marché ont provoqué plus de morts par famine ces dernières 50 années que toutes les épidémies dans la même période.

    Alors messieurs de la commission, désolé, vous ne nous ferez pas croire que c’est pour notre bien, qu’il faut s’y faire. Vous ne nous ferez pas croire que Prométhée qui fait si peu de cas des lois naturelles ne peut rien contre les lois humaines. Vous ne nous ferez pas croire que les intérêts des groupes agro-alimentaires sont plus importants que les lois de la survie.

    Dire que les lois du marché décident, c’est précisément renoncer à décider, c’est accepter de mourir, pour que des gens qui pensent « après moi et mes bénéfices, le déluge » puisse continuer à se comporter en prédateurs. C’est faire de la non politique, de la non économie, le tout en affirmant sa non responsabilité.

    C’est un non sens.

    Dans un autre article du même numéro du monde, André Fontaine se pose la question du retour du religieux, rappelant qu’André Malraux voyait le XXIème siècle comme religieux, sinon rien. Espérons que le Dieu de la création ne laissera pas sa place définitivement, dans le culte et la vénération, à celui du marché.


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